L’alliance sacrée aura-t-elle lieu ?

Les grandes religions ont une vision très différente de Dieu et dans bien des cas, il est illusoire de vouloir chercher une théologie commune à moins bien sur de désirer fonder une religion mondiale unique. En effet, les divergences sont déjà importantes à l’intérieur de chacune d’entre-elles pour prétendre à l’unité. L’unité est un don de Dieu, elle n’est pas une revendication intellectuelle ou politique. Cependant, si sur la théologie l’accord est illusoire, sur de nombreux points politiques, les religions monothéistes ainsi que certaines philosophies orientales partagent le même regard.

L’homosexualité

Il ne s’agit pas de faire un tour complet pour chaque religion mais juste de rappeler les textes fondamentaux de chacune et leur position actuelle.

Pour le judaïsme, le texte le plus explicite comme le livre du Lévitique : « Tu ne coucheras point avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. »  et « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort : leur sang retombera sur eux. » Ces 2 textes se rapportant au même livre de la Torah sont clairs. Certains cherchent à en diminuer la portée en déclarant qu’il ne s’agit que d’une position historique de prise de distance par rapport à l’empire et la pensée Gréco-romaine. Mais réduire une partie de la Torah à une simple réaction politique revient à terme à considérer que l’ensemble de la Torah n’est qu’une Parole, parole parmi d’autres. Gilles Bernheim, Grand Rabbin de France, montre très bien comment le monde doit choisir MAINTENANT entre 2 visions :

  • d’une part, La volonté des militants LGBT de nier la différence sexuelle
  • d’autre part, La vision biblique de la complémentarité homme-femme.

Cependant, des voix à l’intérieur du Judaïsme se font entendre pour dire, comme le rabbin Massorti Yeshaya Dalsace « Le judaïsme doit intégrer le fait homosexuel ».

Pour l’Islam, il existe 2 passages dans le Coran qui traitent de l’homosexualité. Le premier est directement lié à l’histoire de Lot (Sourate 27 Les fourmis, versets 54 à 56) « 54. [Et rappelle-leur] Lot, quand il dit à son peuple: «Vous livrez-vous à la turpitude alors que vous voyez clair». 55. Vous allez aux hommes au lieu des femmes pour assouvir vos désirs? Vous êtes plutôt un peuple ignorant. 56. Puis son peuple n’eut que cette réponse: «Expulsez de votre cité la famille de Lot! Car ce sont des gens qui affectent la pureté. » Il est explicite que Lot est rejeté car il veut être pur et que les habitants commettent des actes homosexuels. Le second concerne les femmes (Sourate 4 Les fourmis, versets 15 à 16) : Celles de vos femmes qui forniquent, faites témoigner à leur encontre quatre d’entre vous. S’ils témoignent, alors confinez ces femmes dans vos maisons jusqu’à ce que la mort les rappelle ou qu’Allah décrète un autre ordre à leur égard . 16. Les deux d’entre vous qui l’ont commise [la fornication], sévissez contre eux. S’ils se repentent ensuite et se réforment, alors laissez-les en paix. Allah demeure Accueillant au repentir et Miséricordieux . Dans ce cas, la condamnation est claire,  et de nombreux hadiths enseignent comment l’homosexualité est une perversion. (Au temps d’ahir [à partir de 1011ème année de l’Hégire], il y aura 3 sortes d’homosexuels : La première sorte [se contente de]- Regarder le visage et parler, le deuxième, de serrer la main et de s’étreindre et la troisième sorte fait proprement cette action. Qu’Allah maudisse ces gens. S’ils se repentent, Allah accepte la repentance de celui qui se repent.[Deylemi])

Cependant, Tareq Oubrou, théologien et recteur de la mosquée de Bordeaux pense que l’Islam doit évoluer pour accueillir tous les croyants.

Pour le christianisme, l’homosexualité est un un châtiment de Dieu. Le texte de la lettre au Romains dès le chapitre 1 est extrêmement clair : C’est pourquoi Dieu les a livrés à des passions déshonorantes. Chez eux, les femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. De même, les hommes ont abandonné les rapports naturels avec les femmes pour brûler de désir les uns pour les autres ; les hommes font avec les hommes des choses infâmes, et ils reçoivent en retour dans leur propre personne le salaire dû à leur égarement. Le texte ne dit pas qu’il s’agit d’une orientation qui pourrait apporter des lumières à la Sainte Église. Bien au contraire, le texte est très explicite :  Les hommes (et en particulier les hommes religieux) se sont éloignés de Dieu.

Cependant, de nombreuses voix se lèvent pour dire, comme le père Antoine Guggenheim : « la reconnaissance d’un amour fidèle et durable entre deux personnes homosexuelles, quel que soit leur degré de chasteté, me semble une hypothèse à étudier. Elle pourrait prendre la forme que l’Église donne habituellement à sa prière : une bénédiction »

* – * – *

Ainsi, pour les 3 grandes religions monothéistes, les textes sont particulièrement clairs et explicites. Ils condamnent les comportements homosexuels. Mais parmi les guides de chacune de ces mêmes religions, il y a des hommes de science, des guides spirituels qui prônent une position. Une position plus conforme au monde d’aujourd’hui.

L’avortement

Ce dernier est certainement au yeux de tous le plus grave de tous les péchés. La destruction de la vie dans le ventre de la mère. Certes, la gravité et la compréhension de la naissance de l’âme n’est pas la même suivant chaque religion. En effet, pour les musulmans, la faute est plus grave après les 40 jours de conception, c’est à dire quand (pour eux) l’âme est insufflé dans l’embryon. Mais tous condamnent fermement l’avortement.

Le regard sur la création

OUI pour l’Islam, le Judaïsme, le Christianisme, le monde a été créé par Dieu. Et les hommes en sont simplement les dépositaires et les intendants qui doivent le remettre à leurs enfants. Ils ne sont pas le fruit d’un hasard chaotique qui aurait conduit par une l’éclosion de l’humanité.

* – * – *

Ainsi sur tous ces sujets, les trois religions monothéistes ont des visions communes. Attention pas des conceptions théologiques communes, Non. Mais des pensées POLITIQUES qui vont dans la même direction. N’aurait-il pas été signifiant de voir ensemble le Grand Rabbin de France, le Recteur de la Mosquée de Paris et le Cardinal Archevêque de Paris demander ensemble à ce que tous les croyants au nom même de leur foi agissent politiquement et rejettent les projets idéologiques qu’impose une minorité.  Il faut le reconnaître, il y a eu quelques voix qui se sont élevées.

Mais il n’y a pas eu d’Alliance Sacrée !

Parmi les voix qui se sont unies, notons le 19 février 2014 la conférence avec Christine Boutin (présidente d’honneur du Parti démocrate-chrétien), Béatrice Bourges (porte-parole du Printemps français), Alain Escada (président de Civitas), Albert Ali (essayiste, Rassemblement des musulmans souverainistes), Nabil Ennasri (essayiste), Mourad Salah (élu municipal), Ahmed Miktar (président du Conseil des imams de France), Jean-Pierre Dickès (président de l’Association catholique des infirmières et médecins) ainsi que l’abbé Guillaume de Tanoüarn. Mais malheureusement le judaïsme n’était pas représenté et cela n’a pas conduit à une alliance sacrée. Pourtant cette alliance aurait la force de faire stopper des projets de loi qui sont contraires aux positions morales et politiques des religions. Imaginer le poids d’une telle alliance. LA force politique que cela représenterait !

Dans bien des cas, le religieux ne veut plus intervenir sur le politique. Le plus bel exemple est sans doute le combat du maire Tremblay au Canada qui a été abandonné, à sa grande surprise, par les évêques. En effet, aucun ne l’a publiquement soutenu.

Or nous sommes tous théologiens. La théologie (en grec ancien θεολογία, littéralement « discours sur la divinité ou le divin, le Θεός [Theos] ») est l’étude et l’exégèse de la religion, de Dieu, des textes sacrés ou des dogmes. Ainsi, lorsque nous étudions le divin, lorsque nous parlons de Dieu nous sommes des théologiens. Ce sont des théologiens qui ont bâti l’Europe après l’écroulement de l’empire romain, ce sont des théologiens qui ont construit le Québec, qui ont érigé les hôpitaux… Ces théologiens ont agi politiquement. Ce n’étaient pas toujours des docteurs en philosophie et dans bien des cas, leurs théologies ne s’exprimaient que par l’action. Aujourd’hui, nous aussi, nous devons agir. Quel monde concevons-nous pour les générations futures ? Allons-nous laisser les païens enseigner à nos enfants que tout se vaut ? Allons-nous rester silencieux quand ils proposent de détruire des siècles de tradition ? Ou allons-nous réaliser l’alliance Sacrée ?