Lex orandi et lex credendi : les serviteurs de l’Argent

L’expression latine : « Lex orandi et lex credendi » signifie : La loi de la prière est la loi de la foi. Elle est une des bases des pratiques religieuses. Par exemple, si je crois que Dieu est aux cieux je me tourne vers le ciel et non vers la terre. Dans l’islam, les musulmans prient en s’inclinant par terre pour montrer qu’ils ne sont rien devant Dieu et que c’est lui qui les relève. La position de la prière chrétienne est debout, que Dieu s’est fait homme, l’un de nous. Elle peut aussi être à genoux pour montrer la grandeur de Dieu.

La foi est l’acte de croire. Cet acte est très concret. Pour comprendre simplement, lorsque nous allons acheter un aliment nous CROYONS, à tord ou à raison, que cet aliment sera bon pour nous. Nous le croyons et donc nous l’achetons. Tous nos actes sont des actes de foi. Bien sûr, la plupart du temps, nous ne pensons pas que tous nos actes impliquent une certaine foi. Certaine, irons-nous jusqu’à dire qu’ils ne croient en rien. Mais c’est malheureusement pour eux impossible. Car dire « je ne crois pas » est déjà dire un acte de foi ! Pour être encore concret, lorsque nous donnons rendez-vous à quelqu’un, c’est aussi un acte de foi. Certes, inconscient mais concret : nous croyons qu’il n’y aura pas d’empêchement grave qui nuirait à cette rencontre. Ce point est important car pour les personnes de foi, il n’y pas de différence de nature entre la foi quotidienne et la foi en Dieu. Il y a simplement une différence d’intensité. Les grands croyants religieux diront même que le spirituel est plus réel, plus vrai, que le monde matériel dans lequel nous sommes aujourd’hui.

Aujourd’hui donc, regardons de plus près notre comportement vis-à-vis de l’argent. Beaucoup de personnes vont nous dire ce qui pourrait être l’axiome principal de la foi en l’argent. L’acte de foi principal, le monde est dominé par l’argent et pour réussir il en faut beaucoup. Autrement dit, si quelqu’un est sans argent, sa vie ne vaut pas grand chose. Cette croyance est en totale contradiction avec les autres religions. Pour les chrétiens, s’il est possible de faire fructifier l’argent (Mt 25 ou Lc 19), il doit rester un simple moyen. Jésus a dit : «Nul ne peut servir deux maîtres; ou bien il faut haïr l’un et aimer l’autre, ou bien se vouer à l’un et faire fi de l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. C’est pourquoi je vous dis: Ne vous tracassez pas pour votre vie, de ce que vous mangerez (ou boirez); ni pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux: ils ne sèment pas, ne moissonnent pas, n’engrangent pas, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ?» Ainsi, les Chrétiens doivent choisir entre l’argent et Dieu. Pour les juifs, c’est un peu la même chose : (Dt) Garde-toi d’oublier alors le Seigneur ton Dieu, en négligeant l’observation de ses ordres, de ses préceptes et de ses lois que je te prescris aujourd’hui; de peur qu’après avoir mangé à satiété, après avoir bâti et habité de belles maisons, après avoir vu se multiplier tes bœufs et tes brebis, et s’accumuler ton argent, ton or et ton avoir, ton cœur ne vienne à s’élever, et que tu n’oublies le Seigneur ton Dieu, qui t’a fait sortir d’Égypte, de la maison de servitude. Et enfin, dans l’islam, la sourate Kahf n°18 verset 46 « L’argent et les enfants sont la beauté de la vie d’ici-bas mais les bonnes actions qui perdurent ont auprès de ton Seigneur une meilleure récompense et suscitent une belle espérance » C’est à dire que là aussi l’argent est un simple moyen. Un moyen pour servir le Dieu Unique.

Dans les religions de l’antiquité (et aussi dans les religions satanistes), nous devons sacrifier aux dieux, c’est-à-dire, nous devons offrir en sacrifice ce qui est précieux pour nous aux dieux. Or, de la même manière vis-à-vis de l’argent, nous sommes amenés à sacrifier au «dieu argent» ce qui est précieux, comme le souligne si bien l’athée Alain BIHR dans sa conférence sur Marx au 21ème siècle.


Dieux – Patrick Viveret par legrandreinventaire

La sacrifice qui nous est non pas demandé mais imposé par la force dans certains cas, est celui qui porte le nom d’austérité. Pour les Grecs, ce sacrifice va jusqu’à la mort, la mort par manque de soins, manque de nourriture, d’assistance, d’énergie pour se chauffer. En mars 2012 déjà Euro-news l’annonçait :

La plupart d’entre nous ne croyons pas que cela nous touche, car la Grèce est loin, et nous sommes protégés… (heu… par qui ? par quoi ?) Cela est aussi un des effets du dieu argent : l’individualisme. Dans les sociétés primitives, l’entraide est instinctive. Chacun sait qu’il ne pourra survivre que si chacun prend soin de son voisin. En cas de difficulté, plus nous sommes nombreux pour résoudre la problème , plus nous avons de chance de passer au travers. Avec l’argent, les choses changent. Dans la croyance quasi religieuse : chacun gagne en fonction de ce qu’il apporte à la société. Tout le monde sait que cela est faux, mais nous voulons le croire. L’exemple de Nicolas Tesla qui meurt couvert de dettes alors que nous lui devons de nombreuses inventions, que nous utilisons tous les jours ou celui de Bernard Madoff qui, à l’inverse, s’est enrichi sans rien apporter à la société, montre comment l’argent est séparé de bien commun.

Et pourtant, c’est bien au nom de ce bien commun que nous devons nous sacrifier. Dans les religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam), c’est Dieu qui donne le salut, soit en délivrant des ennemis soit en se sacrifiant pour le peuple choisi. Dans les autres religions, c’est l’inverse nous devons sacrifier ce qui est de plus cher au peuple pour apaiser les dieux. Il en est de même pour les marchés ou la monnaie, nous devons nous sacrifier.

Pour insister sur le sacrifice ? C’est simple, le sacrifice est l’acte le plus religieux qui soit. Nous pourrions dire que c’est le sacrifice qui fonde la religion. Le temple n’a d’importance que parce qu’il est le lieu où le sacrifice est donné aux dieux. De même, pour les rythmes religieux qui n’existent que par extension à la prière du sacrifice. La plus grande partie des occidentaux l’ont oublié car le sacrifice est invisible à leurs yeux. Le sacrifice ayant eu lieu une fois pour toute par la mort sur la croix du Fils de Dieu et que Dieu a ressuscité. Dans le judaïsme, les sacrifices de béliers, d’agneaux gras… se sont arrêtés avec la destruction du Temple, mais dès que le Temple sera reconstruit alors les sacrifices pourront à nouveau monter comme une offrande d’agréable odeur. Ainsi, et en ce sens, nous pouvons parler de religion de l’argent.

Les grands prêtres sont les banquiers. Mais il ne faut pas croire que la destruction des banques, la remise a zéro des comptes bancaires, la disparition de la monnaie ou même la création d’un argent virtuel changerait cette religion. C’est une religion inventée par les hommes, elle n’a pas de dogme, elle s’adapte à chacun et comme disait Jean de LA FONTAINE dans les Animaux malades de la peste: « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés« , et ceux qui doivent payer le plus ne sont pas forcément les plus responsables.

Alors, se pose des questions simples pour chacun de nous :

  • Qu’est-ce qui est important pour moi? Quelles sont mes valeurs?
  • Sur qui (ou quoi) je peux prendre appui sans risque de tomber, chercher un abri contre l’ouragan et contre la tempête ?
  • Qui (ou quoi) va me sauver ?
  • Pourquoi je suis prêt à sacrifier ce que j’aime?
  • En quoi je crois?
  • Quelle est la conséquence de ma foi dans ma vie de tous les jours?